Autonomisation économique des femmes: le potentiel de la filière Karité au Tchad


Agribusiness / mercredi, janvier 24th, 2018

La forte tendance mondiale du retour au bio sous différentes formes, notamment à travers l’utilisation de produits cosmétiques naturels, a favorisé le commerce du karité.Chouchou de l’industrie agroalimentaire,cosmétique et pharmaceutique,des naturalistas, nappy etc. le karité est multiusage ce qui en fait un produit très prisé.

Traditionnellement,ce végétal classé dans la catégorie des Produits forestiers non ligneux (PFNL)est acheté auprès des producteurs et transformateurs d’Afrique de l’Ouest (Nigeria,Ghana,Côte d’Ivoire,Burkina-Faso,Bénin…)et s’est imposé dans la fabrication de chocolats et produits healthy pour le corps et les cheveux. Dans plusieurs pays,au fil des années,la filière karité s’est structurée, particulièrement avec le regroupement des femmes,principaux maillons de ce secteur,en coopératives agricoles de production ou de transformation de noix de karité en beurre. Au Burkina Faso,ce PFNL représente le quatrième produit d’exportation après l’or, le coton et l’élevage.Face aux énormes potentialités de la filière, le pays a su se positionner sur le marché de l’exportation du karité,avec une véritable stratégie nationale de développement de ce produit.

Noix de karité produites au Tchad © Hyacine Kacou-Amondji

Soudain…le sud du Tchad

Pour le visiteur qui ne sait pas ce qui l’attend dans ce pays sahélien d’Afrique centrale,la découverte des nombreux acteurs du karité,constitue un motif d’étonnement.En effet,à mesure que l’on se déplace vers le sud du Tchad,l’on découvre 7 régions fortement peuplées d’arbre à karité,il s’agit du Mayo Kebbi Est, du Mayo Kebbi Ouest, du Tandjilé, Logone Occidental, du Logone Oriental, du Mandoul et du Moyen Chari.Le long des routes et au sein des villages les fruits de la production du karité sont bien présents.

Au coeur de cette filière peu valorisée et sous-exploitée,se trouvent de nombreuses femmes actrices de la récolte et de la transformation du karité. Généralement mobilisées au sein de groupements,elles fabriquent et vendent du beurre,de l’huile,des épices ou encore du savon à base de karité, de neem,de ricin… Comment évaluer leur contribution à ce commerce essentiellement informel? Les études et les statistiques sont rares…

Il n’est pas rare de surprendre les femmes en pleine séance de barratage ,étape importante dans le processus de transformation du karité.Utilisant des méthodes traditionnelles, travaillant principalement à la main,leurs unités connaissent un faible niveau de mécanisation,ce qui augmente la pénibilité des tâches.

Sur le terrain,la vente de ces produits représente une source de revenus importante pour les femmes rurales. Face au fort potentiel du karité et son rôle dans la sécurité nutritionnelle des populations,plusieurs organismes,dont la FAO,ont accompagné les femmes dans le renforcement de leurs capacités,mais également la structuration de leurs activités pour en faire ,notamment,de véritables Petites et moyennes entreprises forestières (PMEF).

Les groupements féminins se multiplient et les ressources de production se mutualisent. Ainsi,dans le Mandoul,les membres de l’Association pour la promotion de la filière karité dans le Mandoul  (APROFIKAM) font de la transformation artisanale de PFNL,ce qui leur procure un revenu de base qui sert aux dépenses du foyer ou encore à la scolarisation des enfants.Cependant,leurs efforts sont insuffisants,la filière karité et toutes les autres fournissent des produits de qualité qui ont besoin d’être valorisés.


La transformation:un pas vers l’autonomisation?

Les productrices de karité en pleine séance de barattage © Hyacine Kacou-Amondji

Généralement les femmes sont les premiers maillons de la collecte et de la transformation des noix de karité en beurre.Les revenus tirés de ces activités leur procure un certain niveau d’autonomie financière. Néanmoins,les productrices sont confrontées au défi de l’emballage! Le recyclage de contenants en verre et en plastique est leur principale source d’approvisionnement.Il leur est alors difficile de respecter les règles d’hygiène et de conserver leurs produits dans de bonnes conditions.

Face au besoin de diversification de l’économie tchadienne,le développement de la filière karité peut créer des emplois,et apporter des revenus inespérées.L’un des moyens d’autonomiser durablement ces femmes rurales est de structurer le secteur et leur apporter un appui réel en mécanisant de manière adaptée,la transformation. Le karité du Tchad peut bénéficier des retombées des industries cosmétiques et pharmaceutiques qui consommeraient,selon l’Organisation des Nations Unies pour l’ alimentation et l’agriculture (FAO), annuellement entre 2 000 et 8 000 tonnes de beurre de karité.

En plus d’avoir un large bassin de production, le Tchad dispose d’un bon réseau routier qui lui permettrait d’acheminer la production de karité vers N’Djamena et l’exporter vers de nouveaux marchés.

Par ailleurs, les Tchadiennes peuvent bénéficier des avantages du commerce international et faire connaître leur beurre de karité, dont elles peuvent améliorer la qualité grâce à la certification et la création de labels de commerce équitable.

 

 

 

 

 

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